CHAMPS D'EXPERTISE

Troubles de l'anxiétéCommençons par quelques définitions

Anxiété
État mental de trouble et d’agitation, sentiment d’insécurité indéfinissable, peur sans objet.
Angoisse
Englobe l’anxiété et ses signes somatiques d’oppression et de constriction. Phénomène d’intensité croissante : inquiétude > anxiété > angoisse.
Peur
État anxieux accompagnant la prise de conscience d’un danger ou d’une menace objectifs, réels, perçus par chacun.
Phobie
Peur irrationnelle spécifique, déclenchée par un objet ou une situation n’ayant pas en eux-mêmes de caractère dangereux. La peur disparaît en dehors de l’objet ou de la situation phobogène. Le danger, la menace sont imaginaires, liées à la personnalité et l’histoire de la personne.
Stress
Réaction d’adaptation non spécifique de l’organisme à une agression physique, psychologique ou sociale et qui s’accompagne d’un état anxieux.
L’anxiété c’est la vie. Même quand tout va bien, chacun de nous peut ressentir à certains moments de l’anxiété dans sa vie quotidienne. Elle peut augmenter dans des situations normales en réponse à un événement précis, par exemple dans les situations de changement. L’anxiété devient un trouble quand cette inquiétude s’avère disproportionnée à l’événement ou lorsqu’elle est chronique. Dans ce cas, il est important de la traiter, afin d’améliorer la qualité de vie et d’en stopper l’évolution.

Les manifestations anxieuses s’expriment sur le plan psychique et somatique

  • Par une inquiétude ou une peur exagérée ou trop intense en rapport avec des évènements de la vie ou des pensées
  • Par des réactions corporelles fréquentes sont les palpitations, tachycardies, oppressions thoraciques ou au niveau du plexus, une respiration courte, des tensions musculaires, des bouffées de chaleur, des sueurs, des tremblements, des douleurs de tête, troubles digestifs,

Les différents troubles anxieux.

Pour plus d’informations, une classification américaine nous permet d’établir un diagnostic bien précis. Il s’agit du DSMV. Pour synthétiser :
  • L’anxiété sociale (peur des autres, du regard qu’ils portent sur vous et de leur jugement)
  • Les phobies (peur d’un objet, animal ou d’une situation bien précis)
  • L’agoraphobie (peur de ne pas pouvoir s’échapper d’un endroit, cela peut se manifester dans les grands espaces comme dans des lieux plus restreints)
  • L’anxiété généralisée (inquiétude pour tout événement de vie, inquiétude permanente avec des pics)
  • Le trouble panique (peur de faire un malaise ou de paniquer dans un lieu public, ou lors d’une prise de parole en public, ou même lors de diners)
  • Les Troubles obsessionnels compulsifs (peur de certaines situations concrètes ou d’idées contaminations, du malheur, du désordre, qui peuvent avoir pour conséquences des rituels pour conjurer la peur)
  • L’état de stess post traumatique (survient à la suite d’un choc et la peur du souvenir de ce traumatisme)
Il est important de bien poser le diagnostic avant tout traitement. Les traitements sont connus et disponibles : ils sont médicamenteux et/ ou psychothérapiques.

DépressionDépression : Le mal du siècle qui peut et doit se guérir

Plus de 300 millions de personnes dans le monde souffrent de la dépression, dont 3 millions en France ! Et la situation ne fait que s’aggraver. Les maladies mentales sont au troisième rang des maladies les plus fréquentes après le cancer et les maladies cardiovasculaires. Aucun âge n’échappe à ce mal : 10 à 20% de la population présenterait un syndrome dépressif majeur à un moment ou à un autre de sa vie.

La dépression entraîne une grande souffrance chez les patients. Dans le pire des cas, elle peut conduire au suicide, deuxième cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 19 ans dans le monde. Dans tous les cas, elle altère la vie professionnelle, scolaire ou familiale des patients et de leur entourage. On comprend pourquoi, dans ces conditions, l’OMS classe la dépression parmi les maladies les plus préoccupantes du XXIème siècle.

Quels sont les symptômes ?

Il ne s’agit pas de la petite déprime ou d’un vague à l’âme, même si parfois la frontière est difficile à apprécier pour aboutir au bon diagnostic.
Mais le médecin doit toujours garder à l’esprit les critères très précis fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Association américaine de psychiatrie (DSM-5) afin de s’orienter vers la bonne voie.
Il s’agit d’une sorte de panne psychique et motrice qui se manifeste généralement à travers les symptômes suivants :

  • – Une tristesse quasi permanente, avec parfois des pleurs
  • – Une perte d’intérêt et de plaisir pour des activités auparavant considérées comme plaisantes
  • – Un sentiment de dévalorisation et de culpabilité excessif ou inapproprié
  • – Des idées de mort ou de suicide
  • – Un ralentissement psychomoteur
  • – Une fatigue (asthénie), souvent le matin
  • – Une perte d’appétit, souvent associée à une perte de poids
  • – Des troubles du sommeil, en particulier des insomnies matinales
  • – Des difficultés d’attention, de concentration et de mémoire

Il faut savoir qu’il existe des traitements connus et efficaces pour combattre la dépression : Ce sont essentiellement les anti dépresseurs. De nombreux articles ont pointé leur surconsommation, il y a quelques années et ont mis en garde contre les anti dépresseurs. Or, il s’agissait souvent de prescriptions inadéquates, car en réalité moins de la moitié des personnes affectées dans le monde (dans certains pays, moins de 10%) bénéficient de tels traitements. Le manque de ressources, la pénurie de soignants qualifiés et la stigmatisation sociale liée aux troubles mentaux sont autant d’obstacles à l’administration de soins efficaces.
L’erreur d’appréciation en est un autre. Dans tous les pays, quelque soit leur niveau de revenu, les personnes déprimées ne sont pas souvent diagnostiquées correctement alors que d’autres, non affectées par ce trouble, se voient parfois prescrire des antidépresseurs par suite d’une erreur de diagnostic.

Typologie et symptomatologie

Selon le nombre de symptômes et leur gravité, un épisode dépressif peut être considéré comme léger, modéré ou sévère.
On fait aussi une distinction importante entre la dépression chez les personnes qui présentent ou non des antécédents d’épisodes maniaques. Ces deux catégories de dépression peuvent être chroniques (c’est-à-dire s’échelonner sur une longue période) et s’accompagner de rechutes, en particulier si elles ne sont pas traitées.

Trouble dépressif récurrent : On observe alors des épisodes dépressifs répétés. Lors de des épisodes dépressifs, le patient est d’humeur morose; il ressent une perte d’intérêt et de plaisir, ainsi qu’une baisse d’énergie entraînant une diminution de son activité pendant au moins deux semaines.
Parmi les personnes atteintes de dépression, un grand nombre souffrent aussi d’anxiété, de perturbations du sommeil et de l’appétit et peuvent éprouver un sentiment de culpabilité ou de dévalorisation, avoir du mal à se concentrer, voire présenter des symptômes médicalement inexpliqués.
Selon le nombre et la gravité des symptômes, un épisode dépressif peut être considéré comme léger, modéré ou sévère. Dans le premier cas, la personne éprouvera quelques difficultés à poursuivre ses activités professionnelles et sociales courantes, mais ne cessera probablement pas de fonctionner complètement. Lors d’un épisode dépressif sévère, il est très improbable que le malade soit en mesure de poursuivre ses activités sociales, professionnelles ou privées, sauf de façon très limitée.

Trouble bipolaire : Ce type de dépression se caractérise par des épisodes maniaco-dépressifs entrecoupés de périodes d’humeur normale. Les épisodes maniaques correspondent à une période où l’humeur est élevée, irritable, à une hyperactivité, un important débit de paroles, une estime de soi exagérée et une diminution des besoins de sommeil. Le diagnostic de ce trouble doit être effectué avec rigueur car le traitement adapté et efficace n’est pas anodin et nécessite une surveillance régulière.

Facteurs contributifs et prévention

La dépression résulte d’une interaction complexe entre des facteurs sociaux, psychologiques et biologiques. Les personnes exposées à des événements malheureux dans leur vie (chômage, deuil, traumatisme psychologique) sont plus susceptibles de développer une dépression. Celle-ci peut, à son tour, générer un surcroît de stress et de dysfonctionnement et aggraver la situation de la personne touchée, ainsi que la dépression elle-même.
Il existe une interdépendance entre la dépression et la santé physique. Par exemple, une maladie cardio-vasculaire peut entraîner une dépression et vice versa.

Diagnostic et traitement

Il existe des traitements efficaces pour combattre les formes modérées à sévères de la dépression. Ils sont médicamenteux et/ou psychothérapiques.

AddictionsDans les entreprises, il est interdit d’interdire de boire !

Françoise Pelletier, avocat associé, Lefèvre Pelletier et associés 1
Docteur Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre-addictologue 2

La période des fêtes approche… tout comme, en entreprise, celle des pots et déjeuners festifs de fin d’année. De plus en plus d’entreprises ont pris l’habitude de fêter sans alcool ces moments, après y avoir interdit la consommation d’alcool par une disposition du règlement intérieur.

Ces décisions d’entreprises interviennent souvent après que l’employeur a été confronté à des problèmes d’alcool au sein de son établissement.

Une entreprise de construction de matériel de travaux publics avait ainsi stipulé dans son règlement intérieur que la consommation de boissons alcoolisées était interdite au travail y compris dans les cafétérias au moment des repas et pendant toute autre manifestation organisée en dehors des repas.

L’inspecteur du travail à qui le projet de règlement intérieur avait été communiqué (c’est une obligation légale) avait exigé le retrait de cette disposition au motif que le code du travail (article R.4228-20) prévoit une tolérance pour certaines boissons alcoolisées : vin, bière, cidre et poiré.

Et le conseil d’Etat, par une décision remarquée du 12 novembre 2012, vient de confirmer la décision de l’inspecteur du travail : il devient donc interdit d’interdire tout alcool dans l’entreprise sauf situation particulière de danger ou de risque.

Cet arrêt ne manque pas de surprendre. En effet, si la France n’est plus le premier pays consommateur d’alcool, elle demeure bien placée dans le peloton de tête. La maladie alcoolique touche près de 5 Millions de Français, 2 Millions d’entre eux sont dépendants, mais aujourd’hui, seuls 20% parmi eux consultent (INSERM 2008). La consommation pathologique d’alcool coûte 1/5 des soins de santé et la familiarisation avec la maladie alcoolique dans notre pays est telle que 53% des Français connaissent une personne proche touchée par l’alcool (INPES 2006). L’expression de cette maladie touche désormais davantage de jeunes et de femmes. Dans le milieu professionnel, la consommation d’alcool a changé de profil : ce sont les cadres, les professions du marketing, de la communication, des relations publiques, les enseignants et les professionnels de santé qui seraient , actuellement, les plus touchés.

Par ailleurs pour 85% des directeurs de ressources humaines, les risques liés aux addictions sont considérés comme « importants ». Notons que l’alcool est en tête des produits consommés si l’on écarte les médicaments, puisque 11% à 14% des actifs en boivent en dehors des pots et des repas.

De plus, lors de déjeuners d’affaires, 23% des actifs et cadres supérieurs (39%) boivent des boissons alcoolisées.

Face à ce constat alarmant, 45% des dirigeants qui ont été confrontés à un problème d’alcool dans l’entreprise se sentiraient démunis (INPES 2009).

Ainsi, le sujet est connu, bien identifié, mais mal traité.Tout converge néanmoins vers une indispensable politique de prévention mais elle fait défaut. Pourquoi ? La réponse vient pour l’essentiel des entreprises elles-mêmes : le sujet serait encore trop tabou.. Pourtant elles sont de plus en plus nombreuses à réaliser les dégâts causés par les addictions et à vouloir prendre ce problème à bras le corps. Compte tenu des nos expériences cliniques et juridiques, nous défendons une mise en place rapide de programmes largement diffusés de sensibilisation et de prévention à la maladie alcoolique. Ces initiatives auraient dû être prises il y a bien longtemps, mais il est probable que le rapport ambiguë à l’alcool de la société française, ait été un frein à cela. Aujourd’hui, les dirigeants ne peuvent plus faire l’économie de ce type d’engagement auprès de leurs salariés : mieux, ils y sont contraints par la loi qui les oblige à mettre en place une politique de prévention des risques psychosociaux. Il y va de la santé des salariés, de la performance des entreprises ; il y va également de leur image et de l’exemple que les responsables donneront au reste de la société. Parler des risques liés à la consommation des produits et surtout de l’alcool aurait le mérite, au mieux de faire prendre conscience de la dimension médicale de leur souffrance pour ceux qui sont malades, au pire de susciter des interrogations auprès de ceux qui doutent de la qualité de leur consommation. Ce serait déjà un gain non négligeable en termes de santé publique.

Alors, cet arrêt du conseil d’Etat vient donc prendre le contrepied de cette amorce salutaire de mobilisation des entreprises, et il est d’autant plus incongru qu’il intervient à la veille des fêtes, période la pire pour les addictologues, qui luttent avec leurs patients pour résister aux publicités et aux rayons alcools qui les poursuivent jusque tout près des caisses alors qu’ils les ont évités durant toutes leurs courses. Et, qui dit fin d’année dit « pots » alcoolisés qui sont de véritables cauchemars pour les patients abstinents, incapables d’expliquer qu’ils ne peuvent toucher à une goutte d’alcool car ils en ont bu tant qu’ils ont failli en mourir.

Cette jurisprudence contredit ainsi le mouvement vertueux que nous observions. Elle prend de cours ceux qui fondaient quelques espoirs dans la politique de prévention en entreprise.

Surtout, comment le chef d’entreprise, pourra-t-il désormais concilier ce droit à l’alcool avec son obligation de résultat en matière de santé ? Comprenne qui pourra !

La solution consiste sans doute à se tourner vers le législateur afin de modifier le code du travail et refondre l’article R. 42.28-20 devenu archaïque :il faut que soit posé le principe de l’interdiction de tout alcool dans l’entreprise (introduction et consommation )en laissant la possibilité au chef d’entreprise de prévoir des exceptions dans le règlement intérieur, par exemple en cas de départ à la retraite .Libre à chaque employeur alors d’opter pour une interdiction totale.

1 Co-auteur avec Karine Bézille de « l’entreprise à l’épreuve des risques psychosociaux ; des contentieux aux accords », Editions Liaisons.

2 Auteur de « Les femmes face à l’alcool. Résister et s’en sortir » , 2010, Editions Odile Jacob

Fatma Bouvet de La MaisonneuveTravail : la santé des femmes plus précaire que celle des hommes

La santé des femmes est un des marqueurs de développement d’un pays.
Malgré les progrès accomplis, la société ne répond pas toujours aux besoins des femmes lors des étapes essentielles de leur vie.
C’est la raison pour laquelle maintenant plus que jamais, un leadership politique et institutionnel plus cohérent sur ce sujet doit se manifester. Il permettra de placer la santé des femmes dans le débat public et de mobiliser des ressources suffisantes si nous voulons, en France, au cours des années à venir, optimiser la qualité de vie des femmes mais aussi sauver des vies. (1)

Ce travail ne peut se réaliser sans mesurer l’impact de l’environnement et évaluer les interactions entre les déterminants biologiques et socio professionnels de la santé des femmes qui seraient à l’origine d’ inégalités. Les femmes occupent certains métiers qui les exposent plus aux troubles musculo squelettiques , de part des postures « vicieuses ». Enfin, cette inégalité concerne également la sphère psychique puisque les femmes sont deux fois plus nombreuses à souffrir de dépression et de troubles anxieux, mais elles souffrent également d’avantage de mal être au travail. En effet, elles sont plus nombreuses à être victimes de « risques psycho sociaux » ( harcèlement, burn out, suicides, consommations de substances). (2) ( 3)
Les femmes recourent davantage au système de soins que ce soit dans le cadre de la psychiatrie de secteur ou en médecine libérale. Ceci pourrait expliquer que pour ce qui concerne les affections psychiatriques chez l’adulte, ( 4e cause de reconnaissance d’affection de longue durée en ALD (ALD 23) les femmes en représentent 55% (2)
Cette inégalité de manifestations de troubles ne semble pas étrangère à la place qu’occupent les femmes dans l’emploi qui est plus précaire que celle des hommes :niveau, secteur, statut, les discriminations dont les femmes sont l’objet en termes d’emploi et de carrière, leur responsabilité sociale dans l’éducation des enfants. Ce cumul des responsabilités et la difficulté de concilier vie professionnelle et vie privée sont un handicap pour 85% des Françaises.

Pour ce qui concerne le suicide et tentatives de suicide,la France se situe dans le groupe des pays à fréquence élevée de suicide féminin. Les taux de décès par suicide sont nettement moins élevés chez les femmes que chez les hommes ; cependant, les femmes font plus fréquemment des tentatives de suicide et rapportent plus de pensées suicidaires.
Ainsi, près d’une femme sur trois est exposée à la « tension au travail ». Les écarts sont les plus importants pour les catégories les moins favorisées, les ouvriers et les employés. Les expositions, telles que le manque de latitude décisionnelle pour faire face aux contraintes et le manque de soutien social au travail, sont plus fréquentes chez les femmes.

  1. Rapport OMS 2009
  2. Rapport Ministère de la Santé 2009
  3. Programme mené par l’INVS en mai 2007 auprès de 6 056 salariés, en régions Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes.

Fatma Bouvet de La MaisonneuveTroubles psychiques et travail

Le ministère du travail définit les risques psycho sociaux par les risques professionnels d’origine et de nature variées, qui mettent en jeu l’intégrité physique et la santé mentale des salariés et ont, par conséquent, un impact sur le bon fonctionnement des organisations ».

La prise de conscience de ce concept a donné lieu à de nombreux plans et décisions, mais aussi à l’obligation de la prévention des RPS en entreprise.

C’est ainsi que l’on pointe qu’un contexte nocif pour l’individu peut avoir pour conséquence des tableaux cliniques plus ou moins visibles et bruyants sur le plan psychique chez les salariés.

« Le stress au travail » a longtemps occupé la première place parmi les troubles psychiques rencontrés dans le milieu professionnel. En revanche, il existe de nombreuses autres manifestations de souffrance. Il est important d’en connaître les caractéristiques afin de mieux les prévenir et les traiter. Les troubles les plus souvent constatés sont les suivants :

  1. Le surmenage ou « burn out » qui se manifeste par un surinvestissement au travail avec un déni de l’épuisement physique et psychique qui en résultent, un recours à des stimulants ou hypnotisants jusqu’au stade extrême de l’écroulement. Une des complications des plus sévères à envisager, après la dépression, est la tentative de suicide pour que le rythme infernal cesse.
  2. Les manifestations psychiques qui résultent du harcèlement moral. Les symptôme sont proches de ceux d’un tableau de stress post traumatique comme si la personne avait été touchée dans son intégrité psychique sans avoir pu s’en protéger et revit ainsi le traumatisme sous forme de cauchemars et d’incapacité à retravailler. Il est très fréquent qu’un tableau dépressif et de dévalorisation se conjuguent à ces troubles allant parfois jusqu’à la conduite suicidaire. Les sources du harcèlement moral sont souvent la violence et l’agressivité relationnelle.
  3. Le harcèlement sexuel et ses conséquences psychiques. Il se caractérise par le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou qui créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.
  4. La consommation de produits ( alcool, drogues et médicaments) comme forme d’auto médication d’une souffrance psychique ou comme mode de « dopage » dans un contexte hostile où les exigences de performances sont fortes.

En France, un salarié sur 6 estime être l’objet de comportements hostiles dans le cadre de son travail (1). La place du travail, les outils utilisés ainsi que les exigences croissantes ont été retenus comme étant à l’origine de la propagation de ce phénomène. Il est important de noter que ces troubles n’épargnent aucun secteur d’activité. Lorsqu’on peut les identifier, il est possible de les prévenir.

Les complications sociales et familiales de la souffrance psychique au travail doivent être vues comme un sujet à part entière compte tenu de la lourdeur des interventions qu’elles nécessitent . Elles peuvent aussi servir d’indicateurs pour l’entreprise.

Sur le plan familial, lorsque l’on peut en prendre connaissance, il est fréquent de retrouver une dégradation des relations avec les conjoints ainsi qu’avec les enfants avec des troubles du caractères allant parfois jusqu’à la violence.

http://www.inrs.fr/accueil/risques/psychosociaux.html (1)

http://www.anact.fr/web/dossiers/sante-au-travail/RPS (2)

Consommation des produits

Ce problème a été identifié comme une priorité de santé publique par la Mission Inter Ministérielle de Lutte contre les Drogues et les Toxicomanies , à travers le plan 2008/11, et ce, sur la base de chiffres nationaux qui doivent attirer l’attention et pousser les responsables à plus de prévention par de la pédagogie et de la sensibilisation à tous les âges de la vie et sur tous les lieux de socialisation. En effet, les addictions sont responsables de 100000 décès évitables par accident et par maladie (1) Par ailleurs, les chiffres sur la consommation des produits sur les lieux du travail sont alarmants puisque 20 % des salariés disent avoir besoin de se doper avant d’aller au travail tous produits confondus (2) et que 10% consomment des drogues illicites (3)

Tabac

Malgré les efforts de prévention contre le tabagisme, il reste que près de 15M de Français sont considérés comme tabagiques, et que les âges de début d’expérimentation ont tendance à baisser. En 2010, l’expérimentation de tabac concerne un peu moins d’un tiers des élèves collégiens, avec une augmentation forte entre les niveaux, soit 12,7 % en classe de 6ème et 51,8 % en classe de 3ème. La tabagisme est à l’origine de 60000 en France en 2000. Mais le tabac est également directement à l’origine de bronchites obstructives chroniques et de certains cancers (poumon, voies aérodigestives supérieures (VADS), Il favorise également un grand nombre de pathologies (maladies cardio-circulatoires, cancer de l’œsophage et du col utérin) et les fausses couches chez la femme enceinte. (4)

D’après une étude effectuée en 2005 pour l’observatoire des drogues et des toxicomanies, l’OFDT, le tabagisme en France représente des dépenses pour la société de l’ordre de 3% du PIB.

Alcool

En France, l’alcool occupe une place culturellement particulière , il n’en demeure pas moins problématique en terme de santé publique lorsque sa consommation est pathologique. La maladie alcoolique touche près de 5 Millions de Français, 2 Millions d’entre eux sont dépendants, mais aujourd’hui, seuls 20% parmi eux consultent ( 5) La consommation pathologique d’alcool coûte 1/5 des soins de santé (6).
D’après une étude de Gustave Roussy publiée en 3013, l’alcool est responsable de 49000 décès en France, en 2009, dont 40% surviennent avant 65 ans, et 22% entre 15 et 34 ans , chiffres largement supérieurs à ceux de nos voisins européens : 36500 décès chez l’homme, soit 13% de la mortalité totale masculine et 12500 décès chez la femme, soit 5% de la mortalité totale féminine. (7)

Cette maladie touche désormais davantage de jeunes et de femmes. La prévention contre le mésusage d’alcool doit se faire impérativement et de façon massive auprès des collégiens. En effet, en 2010, les adolescents scolarisés au collège (entre 11 et 16 ans principalement) présentent déjà des niveaux d’expérimentation de boissons alcoolisées élevés.

Sans prévention, la maladie alcoolique va continuer d’avoir un coût humain et financier, le démontre le nombre de journées d’hospitalisation. Il s’agit du troisième diagnostic mentionné, derrière la schizophrénie (6,4 millions de journées) et les épisodes dépressifs (2,1 millions de journées) . Il faut en outre tenir compte de 844 000 jours d’hospitalisations pour lesquels ces troubles sont cités en diagnostics associés.

Dans le milieu professionnel, la consommation d’alcool a changé de profil : ce sont les cadres, les professions du marketing, de la communication, des relations publiques, les enseignants et les professionnels de santé qui seraient , actuellement, les plus touchés. A noter que ces métiers sont de plus en plus féminisés ce qui doit attirer l’attention sur la question de cette maladie chez les femmes, très taboue et longtemps cachée , avec des conséquences bien plus lourdes que chez les hommes. L a consommation d’alcool est telles qu’elle est un problème important pour 85% des directeurs de ressources humaines. les risques liés aux addictions sont considérés comme « importants ». 11% à 14% des actifs en boivent en dehors des pots et des repas. Sa consommation est à l’origine de 10 à 20 % des accidents du travail. Ce constat ne semble pas avoir impacté la décision récente du Conseil d’Etat, qui, par un arrêt du 12 novembre 2012 vient d’interdire l’interdiction de consommation d’alcool sur les lieux du travail. Cette disposition nous semble aller totalement à l’encore des initiatives prises depuis quelques années en terme de sensibilisation aux dangers de la consommation pathologique d’alcool.

  1. Rapport Ministère de la santé 2009
  2. La place de la médecine du travail » M Balette, La lettre du psychiatre Vol V, N° 12, p 13. Citée Etude Lapeyre Mestre M. « Etude pharmaco- épidémiologique sur la consommation des psychotropes en Midi-Pyrénées en 2006 ». In Travail et sécurité INRS.
  3. Rapport de la MILDT 2010
  4. Observatoire français des drogues et des toxicomanies 2010-2012
  5. INSERM 2008.
  6. INPES 2006
  7. Sylvie Guérin, Agnès Laplanche, Ariane Dunant et Catherine Hill, du Service de Biostatistique et Epidémiologie de Gustave Roussy, site Internet de la revue European Journal of Public Health, le 4 mars 2013.

Fatma Bouvet de La MaisonneuvePour des élèves en meilleure santé

I. Constats

A. Côté parents

L’école et la santé sont en tête des préoccupations des Français : Peur de l’exposition à l’alcool, la drogue et la violence à l’école1.
9 Français sur 10 se sentent dépassés et ont besoin d’aide, mais 7 sur 10 se méfient de leurs interlocuteurs2.

1SOFRES 2012 Baromètre des préoccupations des Français

2CSA 2013 Qu’est-ce qui préoccupe les Français ?

B. Côté enfants et enseignants

1/3 des 6-18 ans sont en situation de souffrance psychologique, 43 % des plus de 15 ans ( idées noires et conduites suicidaires).

45 % des 6-18 ans interrogés « se sentent vraiment angoissés de ne pas réussir assez bien à l’école ».

Le fait d’être une fille, la peur de l’échec scolaire et le harcèlement sur les réseaux sociaux augmente les risques de souffrances psychologiques.1

Les trois quarts des maladies mentales se déclarent avant l’âge de 25 ans, 80% des troubles psychotiques se révèlent entre 15 et 25 ans.
Un peu plus d’un tiers des jeunes interrogés (37 %) se sentent souvent “stressés”.
Plus d’un jeune sur deux (55 %) a été gêné dans sa vie quotidienne par des symptômes de difficulté mentale (anxiété, phobie, dépression, paranoïa, etc Ils sont prêts à parler de leur souffrance à un proche mais pas à l’infirmière scolaire ( seulement 4%) ni à l’enseignant ( 2%).
Alors que parents (82 %) et enseignants (76 %) estiment que l’école a un rôle à jouer pour détecter et orienter les jeunes qui souffrent de maladies mentales.2

Les jeunes Française sont les plus grands consommateurs de cannabis en Europe 3

Peu d’études sur les maladies somatiques chroniques et leur adaptation à l’école (diabète, cardiopathies…) Il est important d’avoir des chiffres.

Demande de plus en plus insistante de la part des enseignants d’être formés face à des élèves en souffrance (Etude fondation Deniker)

1 UNICEF 2014, Consultation nationale. Ecoutons ce que nos enfants ont à nous dire

2 La santé mentale des jeunes, IPSOS, LE Point, Fondation Deniker, mars 2016

3. OFTD 2014

II. Le système français et ses limites

A. Médecine scolaire

Le système français était cité en exemple du fait de la proximité des acteurs. En effet l’école est un lieu de vie en collectivité propice à la prévention, diagnostic, accompagnement vers les soins, aménagements éventuels de la scolarité.
Le médecin de l’EN doit favoriser les actions de promotion de la santé à l’école, formation des enseignants. Il doit être à l’interface avec tous les autres acteurs auprès de la jeunesse et responsable de la coordination médicale entre l’école, la famille et les partenaires extérieurs( MT, ASE, CMP, Académie, juges MDPH…).

Or, il existe une pénurie croissante de médecins de l’EN. En 2010 : 120 postes vacants pour la France entière. La moyenne nationale est de 1 médecin scolaire pour 8 000 élèves ( source : Éducation nationale).
Le recours aux médecins libéraux ou à des médecins vacataires a montré ses limites (Prescrire, 2009).
Or, l’étude Deniker montre que les élèves consulteraient plus volontiers leur médecin traitant qu’un interlocuteur interne à l’EN.
Ce qui remet en cause de fait le circuit actuel de prévention, orientation et suivi des élèves en souffrance ( à la fois du fait de la pénurie des MS et du fait du comportement des élèves )

B. Dispositifs

Peu connus, peu généralisés et régulièrement revus.
Ex : le plan d’accompagnement personnalisé ( PAP) remplace depuis 2015 les PAI, PPRE s’ils sont défaillants. Des complications se rajoutent suivant les cas pour faire intervenir ou non la MDPH. Tout ceci est totalement inconnu des familles, souvent mal maitrisé par les enseignants qui demandent formation, clarté et coordination avec les soignants ( dans les limites de ce que permet le secret médical )

III. Ecole inclusive et élèves à besoins éducatifs particuliers

Concept

Non‐discrimination et unité de communauté de vie de tous les enfants. Passage d’un système ségrégatif à celui de l’intégration.
Abandon du modèle exclusivement médicalisé pour celui de besoins éducatifs particuliers et recours exceptionnel aux écoles spécialisées.
L’exigence du maintien voire développement important des liens avec les parents.

Elèves BEP exemple étrangers

a. Suède, Italie, Norvège, Finlande, Danemark : formation des enseignants, fermeture des établissements spécialisés.
En Suède, par exemple, des équipes polyvalentes et mobiles interviennent en accompagnement ou en substitution des équipes médicales durant toute l’évolution physique, psychique et sociale de l’élève BEP.

b. Etats Unis : 60 % des élèves BEP sont en classes régulières.
Un programme : Individualized Education Program (IEP) est obligatoire dans toutes les écoles.
Il s’agit de services médicaux spécialisés multi disciplinaires qui doivent travailler sur un réseau d’établissements.

Indicateurs :

  • l’augmentation du nombre d’élèves avec handicap qui réussissent le diplôme de fin d’études secondaires : + 17 % de 1987 à 2003.
  • Le taux d’élèves handicapés entrant dans l’enseignement supérieur a plus que doublé en passant à 32 %

Expériences françaises

De nombreuses initiatives locales sont prises par les établissements et des professionnels de santé afin de venir en aide aux élèves en difficulté. Exemple publié expérience de Nanterre (article disponible si besoin) Mais elles relèvent uniquement de la bonne volonté des individus et ne sont pas universelles.
Des académies prennent de plus en plus conscience des difficultés d’apprentissage et les enseignants se soucient de leur méthode et de leur savoir faire face à un enfant malade en milieu ordinaire. Exemple : l’académie de Rennes est très en avance en terme d’inclusion d’enfants malades ( handicap physique et psychique) et organise régulièrement des formations à ce sujet pour plus de réussite de ces EBP

Conclusions

La prévention à l’école est défaillante en France aujourd’hui. D’une part du fait d’un problème d’effectif et probablement de valorisation des métiers de santé préventive, mais aussi du fait du changement des comportements des jeunes.
Par ailleurs, les parents, les enseignants ainsi que les jeunes eux-mêmes décrivent des souffrances qu’ils souhaitent partager mais en dehors du cadre scolaire.
Aujourd’hui la coordination entre les différents acteurs et défaillante autant que l’identification du circuit de soins.
Il semble indispensable, car il s’agit là d’une des préoccupations principales des Français, tout autant que de l’avenir du pays, de repenser la question de la prévention et de la prise en charge.

En conclusion , il s’agit d’un sujet

  1. D’actualité puisque la jeunesse a été déclarée comme une priorité
  2. Qui répond à la nouvelle stratégie de travailler sur des sujets transversaux.
  3. Qui préoccupe une société civile mobilisée mais dispersée sur toute la France sans lieu de convergence qui pourrait interpeler les responsables politiques sur ce qui représente l’avenir de ce pays. A l’image de Françoise Dolto qui écrivait : « Je n’ai qu’une chose à dire aux hommes politiques: c’est de 0 à 6 ans que le législateur devrait le plus s’occuper des citoyens. » La cause des enfants , 1985
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